Andreï avait été champion de boxe catégorie poids lourd, il avait emporté son titre avec lui, en 1995, lors de son départ de Russie. Il faisait plus du double de mon poids, son torse avait l'épaisseur d'un matelas gonflable et la première année, je dormais sur lui, mes pieds sur ses tibias, sur lui comme un matelas. Dans le métro parisien, il écartait les portes coulissantes des barrières pour que je me faufile. Son corps était une armure. Il me hissait sur ses épaules comme une enfant. Son torse était imberbe, il buvait du lait, il expliquait ses rêves dans une langue que je ne connaissais pas, je ne me rendais pas compte, je ne comprenais pas la nature de ses rêves, son corps m'abritait. C'étaient des rêves de possession, d'argent, de voitures, des rêves de nouveaux riches à l'époque où l'on ne parlait pas encore de nouveaux riches. Et quand je faisais cuire des pommes de terre aux oignons pour Andreï, Arvydas, Youri, Vadim et Sacha, je n'imaginais pas une seconde qu'ils parlaient, loin de moi, sur le palier de la chambre de bonne, de leurs projets de conquête.
Andreï, je l'écoutais pendant des heures, dans notre anglais rudimentaire, puis en russe, sur ses récits de Russe de la campagne, ses récits d'icônes volées, ses récits, déjà, de prison, je greffais mes lectures de Dostoïevski, Gogol, Tolsoï et Tchekhov dont ma tête était farcie. Youri le déserteur d'Odessa ne pourrait retourner chez lui avant dix ans sous peine d'emprisonnement, Arvydas dont la femme, Rasa, était le verlan de mon prénom, avait été ruiné par la spéculation, comme tant de Lituaniens des années 90. Sportif de haut niveau dans l'équipe de hockey, Arvydas, tout comme Andreï, brocantaient leurs muscles et leur endurance inutiles en faisant du trafic de cigarettes entre l'Andorre, Toulouse et Paris. Dans l'attente, je faisais cuire des patates aux oignons.
Andreï, je l'écoutais pendant des heures, dans notre anglais rudimentaire, puis en russe, sur ses récits de Russe de la campagne, ses récits d'icônes volées, ses récits, déjà, de prison, je greffais mes lectures de Dostoïevski, Gogol, Tolsoï et Tchekhov dont ma tête était farcie. Youri le déserteur d'Odessa ne pourrait retourner chez lui avant dix ans sous peine d'emprisonnement, Arvydas dont la femme, Rasa, était le verlan de mon prénom, avait été ruiné par la spéculation, comme tant de Lituaniens des années 90. Sportif de haut niveau dans l'équipe de hockey, Arvydas, tout comme Andreï, brocantaient leurs muscles et leur endurance inutiles en faisant du trafic de cigarettes entre l'Andorre, Toulouse et Paris. Dans l'attente, je faisais cuire des patates aux oignons.
Moi, j'avais des
rêves de réduction, de miniaturisation comme la princesse Parisa dans Le Septième Voyage de Sinbad le marin, je voulais m'installer dans la poche gauche de ses chemises pour être toujours avec lui, lorsqu'il franchissait les montagnes d'Andorre, lorsqu'il partait quelques jours à Paris écouler son stock, lorsqu'il rêvait de voitures. J'aurais préféré qu'on m'implante dans son cerveau, dans son coeur, mais la poche de chemise, faute de mieux, ça irait.
rêves de réduction, de miniaturisation comme la princesse Parisa dans Le Septième Voyage de Sinbad le marin, je voulais m'installer dans la poche gauche de ses chemises pour être toujours avec lui, lorsqu'il franchissait les montagnes d'Andorre, lorsqu'il partait quelques jours à Paris écouler son stock, lorsqu'il rêvait de voitures. J'aurais préféré qu'on m'implante dans son cerveau, dans son coeur, mais la poche de chemise, faute de mieux, ça irait.