Je n'aime pas réfléchir à ma propre violence.
L'hiatus entre l'être social et l'être intime continue de me fasciner. Philippe, tu as raison, il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, ni de plus grands aveugles que ceux qui ne veulent pas regarder. Et les photos sont des témoignages fabriqués. Cette photo, je l'avais mise sous les yeux de mon père car, dès que je lui parlais de mon expérience de femme battue, il répondait : C'est du théâtre, il ne t'aurait jamais tuée. Le choc des photos face à la surdité — il avait dû prendre acte même si, depuis, il a oublié. Cette photo me permet d'entendre une réponse avec vingt ans de décalage, car alors personne ne prenait de photo.
Sa violence ordinaire, celle d'un homme né pendant la guerre, élevé au martinet, il ne peut pas la regarder.
Depuis que ses enfants sont adultes, cette violence lui fait violence : si je lui en parle, il se met à pleurer — il se mettait autrefois en colère. Ça n'est pas regardable. Pleurs ou déni, parfois les deux. Si je l'attaque, il contre-attaque : Il faut toujours tuer le père. Tu en es encore là ?
Quand il se croit seul avec ses petits-enfants, la violence revient, si nous le surprenons, il nous fait un clin d'oeil : C'est du théâtre. Et je la guette, sa violence, pour la condamner, pour lui dire ce qu'enfants nous ne pouvions lui dire. Mes enfants servent d'appâts. Les quelques fois où il s'est excusé ont été des triomphes.
Mon expérience de femme battue n'est-il qu'un témoignage fabriqué qui me permet, vingt ans plus tard, de lui mettre une image sous le nez ? J'en parle comme d'une expérience car les expériences ne font pas que nous constituer.
Tu écris trop, dit ma soeur. J'écris pour quelqu'un qui, j'espère, là où il est, capte Internet. Ça fait de ce blog un hiatus, dans ce temps des vacances où je n'ai pas d'existence sociale.
L'hiatus entre l'être social et l'être intime continue de me fasciner. Philippe, tu as raison, il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, ni de plus grands aveugles que ceux qui ne veulent pas regarder. Et les photos sont des témoignages fabriqués. Cette photo, je l'avais mise sous les yeux de mon père car, dès que je lui parlais de mon expérience de femme battue, il répondait : C'est du théâtre, il ne t'aurait jamais tuée. Le choc des photos face à la surdité — il avait dû prendre acte même si, depuis, il a oublié. Cette photo me permet d'entendre une réponse avec vingt ans de décalage, car alors personne ne prenait de photo.
Sa violence ordinaire, celle d'un homme né pendant la guerre, élevé au martinet, il ne peut pas la regarder.
Depuis que ses enfants sont adultes, cette violence lui fait violence : si je lui en parle, il se met à pleurer — il se mettait autrefois en colère. Ça n'est pas regardable. Pleurs ou déni, parfois les deux. Si je l'attaque, il contre-attaque : Il faut toujours tuer le père. Tu en es encore là ?
Quand il se croit seul avec ses petits-enfants, la violence revient, si nous le surprenons, il nous fait un clin d'oeil : C'est du théâtre. Et je la guette, sa violence, pour la condamner, pour lui dire ce qu'enfants nous ne pouvions lui dire. Mes enfants servent d'appâts. Les quelques fois où il s'est excusé ont été des triomphes.
Mon expérience de femme battue n'est-il qu'un témoignage fabriqué qui me permet, vingt ans plus tard, de lui mettre une image sous le nez ? J'en parle comme d'une expérience car les expériences ne font pas que nous constituer.
Tu écris trop, dit ma soeur. J'écris pour quelqu'un qui, j'espère, là où il est, capte Internet. Ça fait de ce blog un hiatus, dans ce temps des vacances où je n'ai pas d'existence sociale.