La maladie lui offre l’autonomie qu’elle cherche depuis 1966 dans ses écrits. Il est vital désormais qu’elle se centre sur elle, qu’elle ne s’occupe que d’elle, qu’elle consacre ses forces et ses pensées à l’état de ses cellules, elle mourra sinon en quelques semaines.
En avril 2009, j’ai cru qu’elle allait mourir. Au retour d’une semaine en Italie, alors que sa voix cherchait à me rassurer au téléphone, je découvre une femme de trente-neuf kilos, presque sans cheveux. Je dois me séparer de vous, dit-elle et elle sourit. C’est la première chose qu’elle me dit. Je m’étais promis durant toute la ligne 7 de ne pas pleurer, et je pleure. Nous partons immédiatement aux urgences. Elle sera par la suite nourrie par voie parentérale. L’état de siège contre la maladie se met en place. On nous dit de trouver de petits objectifs à accomplir, des dates-relais, anniversaires, Noël, de petits obstacles à surmonter. Ma sœur pense à La Recherche du temps perdu, elle ne l’a jamais lu en entier. Les folios sont épuisés en quelques semaines, nous ne trouverons pas l’équivalent même si la dernière année, elle lit Handke, Bauchau, Bergougnoux, Duras, et achète des nouveautés, Trois femmes puissantes de Marie NDiaye, Le Lièvre de Patagonie de Claude Lanzmann, Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldié, les quelques livres de Nuala O’Faolain qu’elle adore.
Elle fait semblant d’apprécier Hélène Bessette, elle aime la lecture plus que l’écriture, je me plante toujours avec mes cadeaux expérimentaux.
La dernière lecture que je partage avec elle sera Pessoa : j’essaie de lui lire Ode maritime, bouleversée par la mise en scène de Claude Régy que j’ai vue au Théâtre de la Ville, bouleversée par Jean-Quentin Châtelain. Elle ferme les yeux, elle trouve ça très beau. Ce qu’elle vit est au-delà de la cruauté du texte, fade en comparaison, mais elle ne le dit pas : elle est toujours heureuse de mes enthousiasmes, toujours heureuse pour moi.
Elle ne peut s’occuper de personne, elle est enfin autonome, elle doit se suffire à elle-même, cela tient une année.
Sa mère a toujours été malade, une malformation cardiaque de naissance la maintenait en alerte, toujours à l’écoute de son cœur. Ma mère aussi vivait à l’écoute du cœur de sa mère, elle avait peur, les pompiers étaient déjà venus en urgence, le cœur pouvait à tout moment lâcher, ma mère avait peur en entrant dans l’appartement, elle étouffait ses réactions.
En avril 2009, j’ai cru qu’elle allait mourir. Au retour d’une semaine en Italie, alors que sa voix cherchait à me rassurer au téléphone, je découvre une femme de trente-neuf kilos, presque sans cheveux. Je dois me séparer de vous, dit-elle et elle sourit. C’est la première chose qu’elle me dit. Je m’étais promis durant toute la ligne 7 de ne pas pleurer, et je pleure. Nous partons immédiatement aux urgences. Elle sera par la suite nourrie par voie parentérale. L’état de siège contre la maladie se met en place. On nous dit de trouver de petits objectifs à accomplir, des dates-relais, anniversaires, Noël, de petits obstacles à surmonter. Ma sœur pense à La Recherche du temps perdu, elle ne l’a jamais lu en entier. Les folios sont épuisés en quelques semaines, nous ne trouverons pas l’équivalent même si la dernière année, elle lit Handke, Bauchau, Bergougnoux, Duras, et achète des nouveautés, Trois femmes puissantes de Marie NDiaye, Le Lièvre de Patagonie de Claude Lanzmann, Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldié, les quelques livres de Nuala O’Faolain qu’elle adore.
Elle fait semblant d’apprécier Hélène Bessette, elle aime la lecture plus que l’écriture, je me plante toujours avec mes cadeaux expérimentaux.
La dernière lecture que je partage avec elle sera Pessoa : j’essaie de lui lire Ode maritime, bouleversée par la mise en scène de Claude Régy que j’ai vue au Théâtre de la Ville, bouleversée par Jean-Quentin Châtelain. Elle ferme les yeux, elle trouve ça très beau. Ce qu’elle vit est au-delà de la cruauté du texte, fade en comparaison, mais elle ne le dit pas : elle est toujours heureuse de mes enthousiasmes, toujours heureuse pour moi.
Elle ne peut s’occuper de personne, elle est enfin autonome, elle doit se suffire à elle-même, cela tient une année.
Sa mère a toujours été malade, une malformation cardiaque de naissance la maintenait en alerte, toujours à l’écoute de son cœur. Ma mère aussi vivait à l’écoute du cœur de sa mère, elle avait peur, les pompiers étaient déjà venus en urgence, le cœur pouvait à tout moment lâcher, ma mère avait peur en entrant dans l’appartement, elle étouffait ses réactions.