mardi 17 août 2010

Quotidien 86 - la perdition

Vous avez vous-même un coté enfant perdu, a dit le psy de ma fille que nous voyions ensemble dans le centre pour enfants et adolescents, quand je décrivais mes conjoints, trois d'entre eux ramassés dans la rue, chiens perdus sans collier.
Anna me servait de prétexte pour parler avec lui, car j'ai dépassé l'âge des consultations gratuites dans les centres pour adolescents. Elle m'attendait dans la salle d'attente, elle déteste m'écouter étaler mes faiblesses : Comment peux-tu pleurer devant un inconnu ?
Il n'a pas dit fille perdue.
Une fille en perdition, ça serait Louise Brooks dans Le Journal d'une fille perdue de Pabst, une fille qui s'adonne à la luxure, une fille débauchée.

Sur ce portrait fait par Lazar, je suis un enfant et un chien.

Dans le film, Louise Brooks devient une fille perdue après avoir été abusée par un collègue de son père et reniée par sa propre famille.

Mes amies les plus proches, quel que soit leur âge, sont des femmes seules, loin de leurs familles, pour des raisons géographiques ou des motifs personnels, elles ne sont pas en couple, elles avancent seules.

Ma mère avait peur de la solitude : sur l'un de ses derniers post-it, elle avait noté le numéro des Babayagas, ces femmes de Montreuil qui vieillissent en communauté, elle cherchait comment vieillir seule, comment rompre les liens qui la maintenaient à notre service. Je résistais à la tentation de vivre avec elle, et lui opposais ma vie de famille, il faut savoir couper. Elle nous suivait dans nos déménagements.