vendredi 3 septembre 2010

Quotidien 94

Je ne supporte pas les mères, je dois avouer, ni les pères, je ne supporte pas l'autorité. De quel droit imposer un cadre à autrui ? Le seul cadre, changeant, incohérent, fantasque, que j'impose à mes enfants est celui de mes humeurs : Je n'ai pas assez dormi, je suis fatiguée, ça me rend injuste. Ou : Je suis énervée parce que je ne trouve pas mes clés. Ça ne marche pas du tout, mes enfants rencontrent partout des difficultés avec leurs profs, profs d'école, profs de danse, de dessin, de kung-fu. Je m'excuse, désolée, me flagelle.
Je déteste voir les parents se gargariser, s'enorgueillir tels des paons. Mon amie israélienne a promis de me donner des cours de mère juive. Mon attitude est irresponsable.
Isabelle travaille un personnage de clown épatant : j'ai pensé tout de suite m'acheter un nez rouge pour les moments où j'explose de colère. Tu vas perdre toute crédibilité, m'a dit justement Isabelle.
Je n'ai pas de crédibilité, pas plus en compagne qu'en prof de fac, pas plus en mère qu'en voisine. J'ai été la mère de ma mère, mes enfants prennent soin de moi, je m'invente des fées et parrains fictifs qui ne savent pas tout ce qu'ils ont fait pour moi. Parmi eux, entre autres, des personnages de romans et de films. Une phrase de la concierge de l'école Truffaut, un échange de regards dans le métro suffisent à colorer mes journées.